Observatoire du Dialogue
et de l'Intelligence Sociale
La raison la meilleure
devient la plus forte
?

Le Télos européen : inventer la démocratie citoyenneIII - Les effets de la démocratie citoyenne

3. La démocratie citoyenne comme stratégie d'Etat

La force des nations se mesure à la quantité d'esprits à leur service, ainsi qu'à la qualité des actions que chacune de leur composante peut exercer. Du nombre de lieux de débats constructifs et de contre-pouvoirs puissants dépend l'efficacité du gouvernement.

Il faut sans doute disposer quelques verrous afin de ne pas laisser prendre la prééminence à des antidémocrates à la faveur d'une crise. Saint-Just martela : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». De même, il ne saurait y avoir de démocratie avec les ennemis de la démocratie. Certains la rejettent, d'autres la voient comme une étape vers le pouvoir absolu, d'autres enfin veulent se l'approprier pour leur seul bien personnel. Comme le parti NAZI en Allemagne, le FIS en Algérie ou les frères musulmans en Egypte, les organismes prônant la remise en cause de la démocratie doivent être traités avec la plus grande attention. Si chacun doit bénéficier d’une capacité d’expression égale, ceux qui sont en rupture avec les valeurs démocratiques ne devraient pas pouvoir accéder au pouvoir par la démocratie. C'est là la limite du principe : tolérance n'implique pas naïveté et acceptation du suicide politique collectif. Dans un système démocratique parfait, la meilleure façon d’anéantir les extrêmes serait de les laisser vivre juridiquement et de les détruire par le débat. En attendant de créer cet idéal, il convient de veiller attentivement à ce qu’ils ne puissent pas accéder au pouvoir, sans jamais briser la réflexion collective en s’aliénant une partie du corps social. Voilà pourquoi, le premier amendement de la Constitution des Etats Unis d’Amérique interdit la limitation de la liberté d’expression.

Les Etats qui dépersonnalisent l’exercice du pouvoir affirment leur ascendant sur les autres. Mieux organisés, dotés d'un système politique plus ouvert et comptant plus de contre-pouvoirs, ils réduisent leurs risques d’erreurs, élèvent leur perspicacité, et entraînent une plus grande proportion de leurs citoyens dans la mise en œuvre des énergies convergentes vers des projets plus ambitieux. Les Etats les plus durables ont la démocraticité la plus élevée. Inversement, les systèmes les plus fermés sont moins préparés au changement, moins aptes à le gérer, peuplés de citoyens moins agiles et se condamnent tout seul à la disparition avec celle de leur chef charismatique.

Mais, être relativement le plus démocratique ne suffit pas. Il faut l'être intrinsèquement. En effet, la conquête engendre l'absorption d'Etats moins ouverts, multiplie la quantité et la diversité de citoyens, mais aussi la difficulté des problèmes à prendre en charge, jusqu'à la constitution d'un domaine trop grand pour les structures initiales, qu'il faut actualiser sous peine de dégénérescence. C'est une question de vie ou de mort pour l'Etat : la machine s'enraye si elle n'évolue pas avec la montée de la complexité des problèmes.

Lorsque le meilleur degré de démocraticité est en place, non seulement les citoyens n'ont pas à remettre en cause le fonctionnement de l'Etat pour s'exprimer, mais chacune de leurs interventions le fortifie. Sa survie est donc assurée.

 

Le Télos européen : inventer la démocratie citoyenne